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Un pionnier cyclotouriste 1 million de km en vélo

dimanche 20 octobre 2013

Le fabuleux destin du Docteur RUFFIER

Ce cycliste hors du commun

RUFFIER le cyclotouriste

James RUFFIER fut aussi un grand cyclotouriste ! En témoignent des extraits d’articles parus dans les revues spécialisées…

Celui-ci est publié en 1929 dans l’Auto (aujourd’hui l’Équipe) : « Voyager ce n’est pas franchir une distance, c’est parcourir une région pour la voir avec soin, l’étudier dans ses aspects, s’intéresser aux mœurs de ses habitants et à la beauté de ses monuments. La bicyclette est un ingénieux perfectionnement de notre façon de marcher. C’est un mécanisme d’une admirable simplicité qui quadruple le rendement de nos muscles locomoteurs, c’est une sorte de bottes de sept lieues. La bicyclette, invention définitive et complète de l’esprit humain, mérite qu’on en use pour voyager. Courir à bicyclette grands et petits chemins, vagabonder à sa fantaisie de villes en villages, à travers forêts, monts et plaines, explorer une région par petites étapes quotidiennes. Du moment qu’il ne s’agit pas de « courir », hommes, femmes et enfants ont plaisir et facilité à pédaler. L’agrément que peuvent avoir de telles randonnées échappe à qui n’en a pas l’expérience. On est gai, optimiste, les colères, énervements se dispersent aux quatre vents… »

Cet autre texte est relevé dans le Cycliste : « Au goût de l’exercice, le cyclotouriste doit associer le goût de la nature. Il faut qu’il s’enchante du spectacle de la miraculeuse diversité qui défile à ses yeux pendant qu’il roule ; il jouit de l’harmonie des lignes, de la mêlée des couleurs du ciel et de la terre, des senteurs des champs et des forêts, des caresses douces ou brutales du vent, des bruits qui s’élèvent, grandissent et s’éteignent à son passage. Il nourrit son imagination et sa réflexion, sa vitalité s’en trouve exaltée ».

Au fil de ses articles, de ses comptes rendus d’excursions, on relève : « Je fus d’abord exclusivement sportif, puis à partir de 30 ans, cyclotouriste, de plus en plus contemplatif, pendant quarante ans, je n’ai pas passé un seul jour sans pédaler, monté que deux ou trois fois en chemin de fer, jamais en voiture. Tous mes déplacements, grands ou petits, je les faisais à bicyclette ».

Ses voyages.

Son premier vrai voyage fut un aller-retour par Reims, Namur, Waterloo, Anvers… pour rendre visite à son oncle. Puis, de 1892 à 1900, avec un léger bagage (environ 4 kg), il parcourt Ardennes, Bretagne, Belgique,…

Médecin, en été, chaque fin de semaine, le samedi après son cabinet, le plus souvent en compagnie de son ami RONNEAUX, il part retrouver son épouse et ses enfants qui passent leurs vacances à Trouville, ce qui représente 440 km, avant de reprendre ses occupations le lundi.

En 1913, toujours en compagnie de RONNEAUX, il fait un magnifique voyage de 15 jours à travers les Alpes. Au menu, le Cormet de Roselend, les Petit et Grand St Bernard, le Glandon, le Galibier, l’Iseran… Rien ne l’arrête, si ce n’est un Tour du Mont Blanc qu’il effectue à pied, mais il se demande avec regret s’il n’aurait pas mieux fait d’y « traîner » sa chère bicyclette.

Puis ce furent ses randonnées à tandem, pour lequel il avait un certain faible. « Ceux qui s’entendent à tandem, s’entendent à toute autre chose… Un voyage en tandem pourrait en ce qui concerne la compatibilité des humeurs servir d’excellente épreuve prénuptiale !  » Ainsi, dès 1903 et pendant 25 ans, avec son épouse, à une époque où le mot cyclotourisme n’existait pas encore, sur des routes abominables où pratiquement personne ne pratiquait le voyage à bicyclette, ils firent d’incroyables randonnées. Ils firent ainsi,en 1905, leur voyage de noces. Par la suite, ils furent vraisemblablement les premiers à franchir ainsi les grands cols des Alpes tant Françaises que Suisses et Italiennes, à parcourir Bretagne, Normandie, Vosges, Côte d’Azur et Pyrénées où, en 1914, accompagnés de leur fils de 10 ans, à bicyclette lui aussi, on les retrouve au Portet d’Aspet, à Aspin, Aubisque, Tourmalet, au Cirque de Gavarnie… Tout ceci nécessitant d’être correctement entraînés, chaque dimanche ils effectuaient environ 150 km autour de Paris. Ils provoquaient parfois étonnement, voire peur ou stupeur !

Puis vint 1926 et ce fameux voyage en Corse. La saleté et la nature des menus corses, les routes épouvantables et surtout la forme éblouissante du docteur eurent raison des forces de son épouse et marquèrent le début du dégoût de son équipière pour ce moyen de locomotion. James RUFFIER se retrouva seul pour ses voyages, jusqu’à l’âge de la retraite qu’il prit à plus de 80 ans. Il a aimé le vélo sous toutes ses formes à l’exception du cyclo-camping auquel il préfère éventuellement le bivouac. « Le vélo, c’est rouler… Monter, démonter le matériel, c’est rogner sur le temps de route, la bicyclette devient alors une sorte de brouette ».

Durant sa carrière, il fit entre 900.000 et 1.200.000 km

Terminons ce chapitre par deux de ses commentaires. Le premier à la suite d’un voyage de 950 km effectué pour Pâques par un temps exécrable (pluie, vent, grêle, froid). Il avait alors 75 ans : « Il est curieux d’avoir réalisé à mon âge une telle entreprise. Elle apparaît à bien des gens comme un défi à toute prudence et même au bon sens, qu’un vieillard affronte de telles fatigues, se trempe de pluie, se refroidisse au vent, grelotte la nuit dans des draps humides, tout en se nourrissant médiocrement au hasard des auberges, il semble que c’est courir délibérément à la mort. Mais je ne crois pas que ce soit par l’inactivité, les régimes délicats, que les vieux se conservent… » Le second, inspiré par une constatation alors que ses forces déclinaient : « Mon âge auquel je ne voudrais pas penser et qu’on me rappelle sans cesse sous prétexte de me féliciter… tes pignons n’ont rien à voir là-dedans, tu es plus vieux d’un an, voilà tout ! ».

Les 90 ans approchant, ses yeux qui ne lui avaient jamais permis de voyager la nuit, l’obligèrent à raccrocher.

J. LACROIX
d’ après une documentation due à J. Clément