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Vélo-gastronomie en Occitanie

dimanche 29 mai 2016

Pentecôte 2016

Vélo-gastronomie en Occitanie

Deux compères de longue date voyagent à bicyclette à travers le Haut Languedoc,

le long du Canal du Midi, autour du Bassin de Thau

Duo reconstitué avec Christian, compagnon émérite d’une fabuleuse aventure sur les chemins de Compostelle à la fin du siècle dernier. Qu’importe si nous avons réduit les braquets, raccourci les étapes, le bonheur de cycler est demeuré intact !
Impressions de voyage
14 mai 2016, 7h30
A Pérols, les conditions météo sont idéales pour rejoindre la Corse en pédalo. Mais Caïus en a
décidé autrement et le cap reste fixé au nord-ouest en direction des Hauts Cantons de l’Hérault. A
peine 2 km, sitôt franchi le pont de Carnon, les effets contraires de la « tram » contrarient nos
efforts matinaux. Allure réduite et prudence sous les rafales au point de passer les sections les plus
exposées au vent de travers en poussant machine et chargement. Pour tout vous dire, l’équilibre de
Caïus, bardé de quatre saccoches, se révèle bien précaire au moment de franchir un pont .
Cependant l’essentiel est acquis : nous sommes partis !
Itinéraire
En dépit de douze ans d’abstinence cyclopédique, Caïus n’a pas cédé aux nouvelles technologies
( GPS/sites dédiés aux randonnées en vélo y compris les formules qui assurent le transport des
bagages et le guidage ). Fidéle à ses principes cartographiques et à ses racines auvergnates, il
privilégie la carte Michelin. Un peu simplet mais super efficace sur le terrain : laisser l’église à
gauche ou à droite, tourner avant ou après la gare, avant ou après le pont, etc... Nouveautés à
intégrer, les aménagements cyclables que sont les pistes cyclables et les voies vertes qui fleurissent
au gré de l’implication des collectivités territoriales. Quasiment inéxistants à l’époque des grandes
chevauchées de Caïus, et bien que je sois très critique sur beaucoup d’aspects, il faut bien admettre
qu’ils sont devenus incontournables quand on projette un voyage à bicyclette. J’ai expérimenté les
grands itinéraires l’an dernier lors d’un périple en solo qui m’a amené à parcourir une section de la
ViaRhôna aux alentours de Montélimar et plus de 200 km sur l’EuroVelo 6 entre Châlon-sur-Saône
et Montbéliard. L’objectif présent consiste à découvrir, au moins en partie, la « PassaPaïs », une
voie verte réalisée sur une ancienne voie ferrée entre Bédarieux et Mazamet.
Pour revenir au propos initial, tracer son itinéraire est le premier ingrédient d’une belle randonnée.
Le défi de Caïus consiste à repérer sur la carte une petite route tranquille, ce que je nomme chemin
de traverse ( ex la D 18 à la sortie de Mèze, ou la liason entre Colombiers et Gourgasse dans la
banlieue de Béziers ), puis, une fois sur place, dénicher l’accès confidentiel que ne dévoile aucun
panneau directionnel et finalement parcourir quelques kilomètres en dehors des sentiers battus,
profonde satisfaction à partager avec quelques rares initiés au vélotourisme.
Parcours
Respecté à la lettre, à l’exception d’un écart minime à l’approche de Capestang. Rouler le long des
lagunes jusqu’à Frontignan est un exercice familier pour Caïus. En gagnant les Balaruc, les Bains
puis le Vieux, il faut se montrer vigilant sur une route urbaine qui dessert un centre commercial très
fréquenté ce samedi matin, et la recherche de la voie verte au nord du Bassin de Thau exige
attention et concentration. Dans les hauts de Bouzigues, la traversée de la D 613 n’est pas vraiment
sécurisée avant un slalom dans une station-service ! Un gros chantier plus tard, on débarque sur le
port de Mèze. A Pinet, la citée du Picpoul et son avenue dédiée, le vent rageur nous prend de pleine
face sur le pont qui franchit l’autoroute et ne nous lâchera pas avant Pézenas qu’il faut contourner
pour rejoindre la D 39 en direction de Tourbes.
Au lendemain d’une étape gastronomique, sortir de Tourbes n’est pas chose facile et, dans la continuité d’un départ laborieux, le bourg d’Alignan-du-Vent justifie amplement l’extension de son
nom. Ravitailement à Roujan, puis long faux-plat montant de 14 km terminé par un chevron à
Faugères. Enfin la D 909, au delà de Bel-Air, amorce une franche descente vers Hérépian, point
d’entrée sur la « PassaPaïs ». Cette section de voie verte vaut le détour. Elle s’enroule sur le flanc
sud des Monts de l’Espinouse, au pied du Caroux, et déroule un remarquable enchaînement d’ouvrages ferroviaires, ponts et tunnels se succèdent sans relâche, avec un revêtement stabilisé
assez roulant sauf de brefs passages sablonneux et un très boueux. Au cœur d’une verdure
foisonnante et du chant des cascades, un tronçon très agréable à cycler jusqu’à Olargues, atteinte
par le pont de type Eiffel qui enjambe le Jaur.
3 km plus loin, la voie verte s’éloigne du tracé du chemin de fer et oppose un profil casse-patte avec
des pentes à plus de 15% dans les deux sens, pas évidentes à franchir même à pied avec des
chaussures cyclo . La suite est plus confortable, une légère montée mène à St-Pons-de-Thomières
où nous quittons la « PassaPaïs » avant de nous fondre dans le trafic de la citée. Les motards sont
légion sur la place du village où ils se désaltèrent. Nous faisons de même avant que certains nous
dépassent dans l’ascension du col de Ste Colombe. Pas très haut, mais 9 km à 5% sur le coup de
midi ça ouvre l’appétit !!! Compte-tenu de la fraîcheur ambiante nous décidons de perdre de l’altitude avant de passer à table. A part un léger faux-plat, la descente s’effectue en roue libre, le braquet préféré de Caïus, avant d’obliquer à droite, traverser La Caunette et reprendre un peu de hauteur pour découvrir Minerve, la dernière des grandes « citadelles du vertige ». Superbe. Ensuite,
retour sur nos pas, puis cap au sud pour atteindre Le Somail, petit village qui sommeille au bord du
Canal du Midi, dernier volet de ce tryptique vélogastronomique. ( j’ai osé l’écrire !!! )
L’incursion sur le territoire du département de l’Aude sera de courte durée, dès avant Capestang
nous retournons dans l’Hérault avant de contourner l’Oppidom d’Ensérune et d’affronter Béziers. Le
chantier des écluses de Fonséranes barre l’accès direct et nous détourne sur une route à fort trafic
avec des giratoires géants. Bref, la galère pour deux cyclos qui cherchent à s’orienter en roulant sur
une 4 voies au cul des camions. Mais, sans coup férir, Caïus trouve la sortie. Plus loin, dans la ville
basse, il déplie sa carte fétiche à l’éffigie de Bibendum, se fie à son flair plus qu’aux indications
recueillies auprès des passants, et repère rapidement le pont-canal au dessus de l’Orb et les panneaux d’itinéraires cyclables qui précèdent la connexion avec la voie verte de Béziers à Portiragnes. Un mot sur ces panneaux : A gauche, direction Athènes à plus de 3000 km ; à droite, direction Cadix à la même distance !!! On peut s’interroger sur l’utilité de cette signalisation, d’autant plus qu’à 200 mètres de là, l’accès à la voie verte suivante est bouché par un tertre d’un bon mètre. La chaussée de cette voie verte n’a pas bonne réputation. C’est justifié et en partie compensé par le cadre enchanteur du Canal du Midi. Passé le ranch de Portiragnes, la voie verte n’existe que sur le papier et sur les sites du Conseil Général du 34 et de France Vélo Tourisme ! Nonosbstant, nous progressons facilement jusqu’aux berges de l’Hérault au pied de la cathédrale d’Agde. Caïus assure la traversée de la cité en privilégiant les pistes cyclables et bute sur un mur en direction de Marseillan-Plage : fin de piste cyclable et voie interdite aux cycles. Peu enclins à faire du stop, il faut trouver une solution sans céder à la tentation du Cap-d’Agde qui est un cul-de-sac. Nous finissons par découvrir un passage inférieur sous cette bifurcation Sur un chemin de terre en mauvais état, Christian joue les éclaireurs sans succès, avant que nous décidions d’opter pour un chemin signalé sans issue. Pari gagné pour retrouver la voie cyclable provisoire qui longe la
D 912. La voie verte du lido est continue entre Marseillan-Plage et Sète. Elle longe la plage chantée par Brassens et se poursuit en piste cyclable sur la corniche qui ceinture le flanc maritime du Mont-
Saint-Clair. Pause café dans un estaminet en face de la criée. Que de bons moments sous un soleil
généreux et un vent discret. En centre ville, des travaux sur un pont et une déviation mal fléchée
sont facilement contournés et Caïus retrouve l’artère principale de la zone portuaire qui longe le
canal de La-Peyrade et se prolonge par une brève piste cyclable mal pavée qui rejoint un sentier au
bord du canal du Rhône à Sète. Vous suivez ? Sinon je reformule depuis le départ... En tout cas
super efficace pour s’affranchir d’un immense giratoire et d’un intense trafic PL. J’ai déjà pratiqué
cette variante sans aller au delà. Comme nous ne sommes pas pressés et que Christian se prête au
jeu de la découverte, nous poursuivons l’exploration. Bonne pioche : après quelques centaines de
mètres au bord du canal et un bref retour sur le goudron en direction d’un stade, nous tombons sur
une piste cyclable fraîchement réalisée, pas encore signalée, mais parfaite pour progresser vers le
port fluvial de Frontignan, finalement atteint par de petites rues peu fréquentées. Voilà une excellente alternative à la liaison directe Frontignan/La-Peyrade que j’ai toujours jugée dangereuse.
La suite est connue ; c’est l’itinéraire aller à deux virgules près : la traversée du bourg de Vic-la-
Gardiole, occasion de visiter l’église fortifiée, suivie d’une excursion à Maguelone et d’une dernière
pression sur la plage du Pilou.
Hospitalité
A Olargues, les Laissac sont aubergistes depuis six générations et la relève est assurée. Les motifs
des carrelages, le zinc du bar, les lits en fer participent au charme d’un établissement familial qui
sert des assiettes bien garnies. Et le gâteau aux poires caramélisées de Madame Speiser, une fille
Laissac, mérite citation.
Vue de la voie verte, dans l’urbanisation Est de Marseillan-Plage, la Chaumière ne paye pas de
mine. Le tenancier est hors d’âge bien que moins agé que nous ! Cordial, volubile, il évoque des tas
de sujets et son désir de passer la main, mais, refrain connu, les banques sont frileuses pour financer
un repreneur. Premier pas vers la retraite, le restaurant est en gérance depuis le début du
mois...Résultat : côté chambre tout est impeccable avec une excellente literie ; et une bonne surprise
côté table où un duo fusionnel est aux commandes. Le chef auvergnat et sa compagne méridionale
proposent une cuisine généreuse et savoureuse à base de produits de la mer -couteaux, palourdes,
encornets- à un tarif très raisonnable ( menu à 23€ avec un copieux dessert maison et des mises en
bouche ).
Les hôtes de l’Aur-Blan disposent d’une grande piscine, d’un terrain de pétanque et d’un atelier pour
bricoler leur vélo. Chambre spacieuse avec sdb et wc séparés. Gilles, le maître des lieux, sait
recevoir et conseiller les voyageurs qui séjournent dans une belle bâtisse à deux pas du port du
Somail. Par contre, le restaurant adjacent, le Plan B, n’est pas un bon plan. Vraie déception de ce
voyage et regrets de n’avoir pas chercher pitance à peine plus loin.
4Coup de cœur pour la Maison à Tourbes. Certes l’escalier est raide pour accéder à un logement
modeste mais bien tenu. Le tour du village, un peu éveillé par un mariage en grande pompe, ne
révèle ni point de vue, ni monument remarquable. C’est quand on est à table que l’alchimie opère et
que le talent explose. La mise en bouche, soupe de petits pois et boudin noir ouvre un festival qui va
crescendo. Un foie gras succulent précède une queue de lotte sublime, cuisinée à l’essence de
tomate, et coquinement associée à une pomme de terre aïoli et des pétales fondants de betterave
rouge. Reste à attaquer l’ultime bosse du dessert, sur le terrain préféré de Caïus qui s’éclate avec une
mousse chocolat et glace basilic sur fond de biscuit praliné. Un régal avec en bonus les two grilled
eggs du petit déjeuner. Merci à Florence et Damian pour cette escale, leur accueil, leur amabilité.
Une grande envie de revenir à la maison !!!
L’humour d’un cyclo allemand, parfaitement francophone, qui commande un café espagnol avant de
traduire : « café ollé » l’impressionnant convoi de trikes qui nous rejoint en vue de Faugères, une centaine d’engins rutilants et aux avertisseurs hurlants.
La gravure, ancienne mais bien visible, de la devise républicaine au fronton de l’église de Tourbes.
Le curieux véhicule qu’un passionné restaure dans son garage à La-Caunette. Le bolide participait à
la caravane du tour de france cycliste sous les couleurs d’esso dans les années 75.
Le « régisseur » des feux de circulation officie à Pinet, à l’angle de l’avenue du Picpoul, et retiendra
Christian pendant plusieurs minutes... Le temps de placer une roue à l’endroit requis pour faire
passer le feu automatique du rouge au vert !
La bougnette, spécialité charcutière qui tente Christian pour un rts ( repas tiré du sac ) et dont je
vous livre les secrets :
« C’est une grosse boule à la fois ferme et moelleuse d’environ 10 cm de diamètre. Il s’agit d’une
préparation à base de poitrine et gorge de porc cuites dans un bouillon aromatisé, hachées, mélangées à une panade d’œufs et de mie de pain, aromatisée aux herbes puis enveloppée dans une crépinette. Elle est façonnée à la main et ensuite plongée dans de la graisse bouillante. Les bougnettes sont à point dès qu’elles remontent à la surface, teintées d’une jolie couleur caramel. »
Bon appétit !